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Révélations

Malgré le fait que j’avais bien dormi dans l’après-midi, je m’endormis sitôt ma tête sur l’oreiller. Au matin, les rayons de soleil qui inondaient ma chambre me donnèrent l’impression que quelqu’un avait tiré les rideaux. Je n’avais aucune idée de l’heure qu’il était. Pour la première fois, je me demandai également quel jour nous étions, comme si le fait de le savoir changerait quelque chose à ma situation. Je soupirai. Que de temps perdu depuis mon arrivée…

Je me dirigeai, en chemise, vers le paravent. Ce n’est que lorsque je revins vers mon lit que je remarquai que je n’étais pas seule. Outre la présence déjà familière de Meagan, je devrais en supporter une autre, ô combien moins agréable.

— Que me vaut l’honneur de votre visite, si tôt en journée ?

Malgré les événements, je ne pouvais m’empêcher d’être mordante. Je sentais que je devrais faire des efforts considérables pour ne pas perdre mon sang-froid. Je repris, sur un ton qui risquait de déraper dans les aigus :

— Le fait de m’imposer cette captivité et un espace de vie restreint ne vous donne pas le droit d’apparaître à n’importe quel moment. J’aimerais, si tant est que la chose soit possible, bénéficier de périodes où je n’aurais pas à souffrir votre envahissante présence. Et, dans le cas contraire, puis-je à tout le moins vous demander de me faire prévenir auparavant ? C’est la moindre des choses…

Comme il ne répondait pas, me fixant simplement avec indifférence, je poursuivis.

— Je vous rappelle que je porte votre enfant. Je ne suis donc pas une captive comme les autres, ni une traînée que vous payez pour ses services…

Je laissai ma phrase en suspens. Je ne pouvais me résigner à accepter qu’il se présente à toute heure, sans prévenir. Je doutais cependant que cet homme de Cro-Magnon s’intéresse à ces considérations. De fait, il me regardait maintenant avec arrogance et semblait se ficher éperdument de ce que je disais. Je lui tournai le dos et m’habillai, avant de m’asseoir pour déjeuner.

— Je vous rappelle que vous êtes sous mon toit et sous ma garde. Par ailleurs, je n’ai qu’une vague idée de l’endroit d’où vous venez, mais sachez qu’ici les femmes n’ont que très rarement le privilège d’émettre une opinion, aussi pertinente puissent-elles la croire.

Il avait délibérément appuyé sur le mot « privilège ». Mon mépris pour lui ne cessait de grandir.

— J’ai donc le regret de vous annoncer que vous devrez apprendre à vous conformer, comme toutes celles qui vous ont précédée.

Je préférais ne pas savoir si « toutes celles » s’appliquait aux femmes de ce monde en général ou seulement à celles qui avaient habité ces lieux.

— La raison de ma visite est fort simple. Une couturière viendra au cours de la journée, afin de prendre vos mesures pour la confection de votre robe de mariée et d’une garde-robe convenant à votre vie de châtelaine…

Je n’écoutais déjà plus. Mon mal de tête menaçait de reprendre du service à l’évocation de cette cérémonie que j’essayais d’oublier. J’avais cru bénéficier de quelques jours de répit, avant qu’il ne revienne à la charge, mais il semblait que tout était déjà décidé. Un nom me fit pourtant dresser l’oreille. Avais-je bien entendu « Andréa » ? Ce n’était pas possible, je devais me tromper. J’affichai mon visage le plus innocent pour demander :

— Euh… Je pensais à cette magnifique robe que vous désirez faire coudre spécialement pour moi et j’ai bien peur d’avoir manqué une partie de ce que vous venez de me dire.

Je papillotai négligemment des yeux et lui offris mon sourire le plus niais. Je ne crois pas qu’il fut dupe de la manœuvre, mais il répéta tout de même.

— Je disais qu’il ne saurait être question que vous soyez moins jolie qu’Andréa à l’époque où elle a épousé mon père. Je n’ai pas connu ma mère, mais la robe fut conservée et les servantes ont perpétué le souvenir de cette journée. Les gens du domaine en ont parlé pendant des…

Ça n’avait aucun sens ; ce ne pouvait pas être ma mère. Il devait y avoir une autre femme portant le même nom. Sinon… Je préférai ne pas continuer de penser et l’interrompis, la voix tendue :

— Je ne crois pas que vous m’ayez parlé d’Andréa auparavant. C’est votre mère ?

Je faisais des efforts désespérés pour ne rien laisser paraître de mon désarroi, mais le sourire cruel que je vis se dessiner sur ses lèvres m’enleva tout doute.

— En effet, très chère. Et je crois pouvoir affirmer que c’est aussi la vôtre…

Le reste se perdit dans un froissement de jupons. Je glissai sans grâce sur le sol. Lorsque je repris conscience, le souvenir du pourquoi de ma chute me redonna le vertige, mais je me ressaisis. Cette histoire tenait du cauchemar. Avec un peu de chance, le tout se révélerait un vulgaire malentendu et je pourrais retrouver mon calme.

La source de mes problèmes était justement penchée sur moi et me dévisageait sans complaisance. Ce triste sire se fichait éperdument du mal qu’il pouvait semer autour de lui. Je préférai refermer les yeux plutôt que de supporter son air victorieux.

— Je me doutais bien que vous n’étiez pas au courant. Je suis certain que mon propre frère l’ignore. Votre mère vous a mise au monde de l’autre côté de la frontière du Temps, dans le monde de Brume. Elle a fui, une nuit sans lune à ce que l’on raconte, craignant que la prédiction de la Recluse ne se réalise. Cette dernière lui avait affirmé que l’enfant qu’elle portait donnerait plus tard naissance à un être encore plus maléfique – que son ancêtre Mévérick et serait celui qui permettrait à son rêve inachevé de prendre forme. En disparaissant, cette idiote croyait pouvoir empêcher que la prophétie ne se réalise. C’est Mélijna qui m’a rappelé cette parenté, le jour même de votre arrivée dans notre monde maudit. J’avais oublié cette histoire, que mon père m’avait contée il y a bien des années, alors que mon frère avait déjà déserté le château familial. Mais cette « particularité » entre vous et moi ne change rien à mes projets, au contraire. Les dons de notre mère étaient multiples, mais sous-exploités. Ma bonne amie m’a confirmé que vous aviez hérité de ses capacités et même davantage. Comme ce genre de qualités sera nécessaire pour assurer l’avenir des enfants à naître, ce ne peut qu’être une bonne chose que vous en possédiez autant.

Avec un air encore plus victorieux qu’au début de son laïus, il m’annonça :

— Il est également à noter que les pouvoirs ont tendance à augmenter au fil des générations s’il y a consanguinité. Moi qui croyais, à l’origine, devoir me contenter d’une Fille de Lune comme les dernières que j’ai eues, j’ai la chance inouïe de participer à la création d’un être encore plus exceptionnel que Mévérick, ce qui m’assurerait d’un pouvoir absolu… Vous imaginez tout ce qui serait alors à ma portée ? La libération des Sages, conditionnelle à leur entière soumission, serait enfin possible. Tout ce pouvoir entre mes mains et personne qui ne pourrait me l’enlever. La domination et…

Je ne l’écoutais plus mais je l’observais, laissant courir mes pensées. Il avait tout d’un dément. Il arpentait la pièce de long en large psalmodiant une longue litanie à laquelle je ne comprenais strictement rien. Il citait des noms plus étranges les uns que les autres, certains faisant référence à des gens, d’autres à des lieux. Il faisait de grands gestes et passait sans cesse une main dans ses cheveux déjà en bataille, parlant de créatures revenant à la vie, de délivrance et de prison de verre. Il ne me semblait pas près d’en finir. Je jetai un coup d’œil à Meagan et je vis qu’elle était terrifiée, mais je ne savais pas si c’était par la gestuelle ou parce que, contrairement à moi, elle savait de quoi il parlait.

Comment ma mère avait-elle pu se marier ici et donner naissance à des jumeaux, alors qu’elle était déjà en couple de l’autre côté avec celui que j’avais toujours considéré comme mon père ?

Un instant l’image furtive de Georges s’imposa à mon esprit. Je pensais rarement à cet homme qui avait bercé mon enfance. Ces souvenirs étaient désormais trop douloureux, à la lumière de ce que j’avais appris. Au retour de ma mère, le jeune homme avait accepté cette grossesse par amour pour Andréa, qu’il vénérait littéralement. Il m’avait considérée comme sa propre fille aussi longtemps que ce comportement lui avait assuré la présence à ses côtés de celle qu’il aimait tant. Mais, au fur et à mesure qu’Andréa s’était détachée de la réalité, il en avait fait de même avec moi. Au moment où l’on interna ma mère, il disparut simplement et ne revint jamais. Il m’avait abandonnée, comme on délaisse un vêtement que l’on a suffisamment porté et dont on s’est finalement lassé.

J’étais restée inconsolable pendant des semaines, rendant la vie impossible à Hilda, qui faisait pourtant tout pour apaiser ma double peine : la perte simultanée de mon père et de ma mère. Tatie m’avait révélé tout cela à mon adolescence, au cours d’une dispute particulièrement violente entre nous. Elle voulait que je cesse de lui rebattre les oreilles avec un Georges qui m’avait, en fait, peu aimée alors qu’elle était toujours présente, m’entourant d’un amour inconditionnel. Après ces révélations difficiles, je n’avais plus jamais prononcé le nom de Georges en sa présence, l’effaçant graduellement de ma mémoire.

Je chassai ces sombres souvenirs pour revenir au mariage présumé de ma mère. Je pouvais comprendre qu’on ne lui avait certainement pas donné le choix, mais comment avait-elle pu avoir des jumeaux et être enceinte une deuxième fois, alors que, selon les renseignements d’Hilda, elle n’avait passé que quatre semaines ici, en 1973, avant de disparaître définitivement de nombreuses années plus tard ? Jamais il n’avait été question d’un autre enfant que moi. Je pensai soudain que le désir de destruction de ma mère envers tout ce qui concernait ce monde de fous venait probablement du fait qu’elle avait de très bonnes raisons de souhaiter que je n’y vienne jamais. Ma discussion avec Nancy concernant une lignée maudite me revint également en mémoire. Quel était le lien avec tout le reste ? Était-ce à cause de mes aïeules que je me retrouvais dans cette situation ? Un regard vers le géniteur du prétendu monstre que je portais me suffit pour comprendre que ce n’était pas le moment de lui poser la question ; il divaguait plus que jamais, inconscient de ce qui l’entourait.

Je me levai et rejoignis ma demoiselle de compagnie, tassée sur elle-même dans un coin de la pièce. La terreur se lisait sur son visage aussi facilement qu’un gros titre dans un journal. Malgré le fait que je me tenais à moins d’un mètre d’elle, elle ne parvenait pas à me regarder dans les yeux. Ceux-ci étaient fixés sur mon ventre et mon hypothèse, selon laquelle elle comprenait le charabia de son maître, se confirmait malheureusement. Ainsi, cette espèce de malédiction était connue dans le pays aussi sûrement que la présence de ma mère avait dû l’être. Je me dis qu’une fois l’énergumène sorti de mes appartements, je devrais faire plus ample connaissance avec Meagan ; elle pourrait se révéler une source de renseignements inestimables et elle serait sûrement plus facile à comprendre que ne l’était son maître.

Alejandre fut bientôt à cours de mots pour poursuivre son monologue. Je ne pus retenir un soupir de soulagement. Il s’apprêtait à partir sans saluer personne, quand il se retourna soudain, les yeux étincelants.

— J’ose espérer que l’idée de suivre les traces de votre mère ne vous effleurera pas. Il se trouve que les moyens de vous empêcher de commettre pareille bêtise ont quelque peu évolué ces dernières années grâce à la science toujours plus perfectionnée de Mélijna. Je me plais à croire que vous n’avez guère envie de connaître la teneur de ces améliorations. Il serait dommage que vos conditions de… résidence, dirons-nous, se dégradent subitement…

Sur ces paroles rassurantes, il s’en fut enfin. La menace à peine voilée ne me fit même pas sourciller. Il n’était tout de même pas assez stupide pour penser que je ne savais pas à quel point il avait besoin de moi. Sans moi, il n’avait aucune chance de mettre son si précieux projet à exécution dans un avenir rapproché. Je pouvais fort bien me donner la mort et personne n’y pourrait rien, pas même sa précieuse Mélijna. Il me vint un instant la vision très nette de deux frères penchés sur ma dépouille ; l’un pleurant la perte de sa précieuse mère porteuse et l’autre se réjouissant d’être débarrassé du fardeau que représentait ma protection. Cette brève image me donna la chair de poule et me fit réaliser, avec horreur, que si Alejandre était mon frère, Alexis aussi. Peut-être celui-ci serait-il plus enclin à assurer ma protection s’il apprenait que j’étais sa sœur et non plus une emmerdeuse. Mais peut-être le savait-il déjà et n’en avait cure…

Afin de cesser de penser à Alexis, à Alejandre et à toute cette histoire de parenté, je reportai mon attention sur Meagan, qui était debout à présent, mais qui ne semblait toujours pas avoir repris contact avec le monde des vivants. Je la poussai doucement vers le lit et la berçai comme elle l’avait fait pour moi la veille, jusqu’à ce qu’elle s’endorme à son tour. Je me levai ensuite et soupirai bruyamment. Il m’avait fallu déployer des trésors d’imagination pour ne pas devenir folle dans ma cellule, et maintenant, encore une fois, je ne savais comment occuper ce temps qui m’empoisonnait la vie. Je devais avoir été entendue des dieux puisqu’on frappa trois coups à la porte. Je criai d’entrer, surprise que quelqu’un puisse faire preuve de civisme dans cette demeure moyenâgeuse.

La porte s’ouvrit sur une grande femme mince. Elle était suivie d’une très jeune fille qui portait deux grands paniers d’osier sous les bras. À sa vue, je me souvins du but premier de la visite de mon hôte : la couturière. Les heures suivantes furent donc consacrées aux mesures et au choix de tissus pour une robe que je souhaitais ardemment ne jamais avoir à porter. Cette activité eut cependant le mérite de me détourner quelque temps de mes préoccupations.

Meagan émergea de sa léthargie juste avant que l’on monte le dîner. C’est moi qui allai ouvrir la porte cette fois-ci ; je voulais savoir qui se tenait en permanence derrière le battant. Je ne fus pas surprise de découvrir les deux jeunes hommes, un de chaque côté de la porte, une épée au flanc. Je me dis que ces précautions étaient bien inutiles compte tenu que je ne pourrais jamais franchir la grille du château, quand bien même je parvenais à quitter ma chambre. « Naïla, me dit cependant une petite voix intérieure, n’as-tu jamais songé que cette protection servait davantage à éviter que quelqu’un ne vienne prématurément mettre un terme au rêve de grandeur de monsieur ? » La pensée que quelqu’un puisse en vouloir à ma peau, en dehors de ces murs, suffit à ramener mon attention sur le plateau que l’on m’avait mis dans les mains sans même que je m’en rende compte.

Je laissai ma jeune compagne refaire ses forces avant de la soumettre à un interrogatoire en règle. Pour ma part, je mangeai sans appétit, me forçant à avaler quelque chose plus pour la vie qui grandissait en moi que pour ma propre subsistance. Débarrasser la table et alimenter le feu semblèrent prendre une éternité, et je réalisai que l’efficacité de Meagan se trouvait considérablement amoindrie par sa matinée difficile et ses préoccupations. Elle ne semblait pas pressée de se retrouver en tête-à-tête avec moi. Je comprenais sa réaction, mais j’avais trop besoin de savoir pour ménager son côté impressionnable. En fait, je comptais même l’exploiter, si besoin était. La fin justifie parfois les moyens… Lorsqu’il fut évident qu’elle cherchait à tout prix à m’éviter, je mis un terme à cette comédie.

— Meagan, je crois que nous devrions parler, dis-je d’une voix aussi douce que possible.

Elle fit semblant de ne pas avoir entendu. Je répétai ma phrase toujours aussi calmement, mais un ton plus haut. Elle poussa un soupir résigné, avant de tourner la tête dans ma direction. Elle avait l’air si désemparée que je mis de côté mes résolutions de fermeté pour lui ouvrir les bras. Nous ne nous connaissions que depuis deux jours à peine, mais j’avais l’impression que cela faisait une éternité. Je sentis ses épaules agitées par les sanglots qu’elle ne parvenait pas à refouler.

— Pleure, ma belle, pleure. Tu te sentiras mieux après.

C’était cliché, mais tellement vrai. Les larmes refoulées sont des obstacles à la guérison depuis toujours. J’attendis que sa peine se mue en un silence apaisant avant de la conduire au fauteuil près de la fenêtre. J’approchai le second siège pour lui faire face, avant de me lancer.

— Les paroles d’Alejandre ont éveillé en toi des peurs et des angoisses dont j’aimerais connaître la cause. J’ai vraiment besoin que tu m’aides à y voir plus clair. Tu comprends, je n’ai pas d’autres sources possibles de renseignements en dehors du sire de Canac et je ne veux surtout pas étaler mon ignorance devant lui. Je doute qu’il me dise tout ce qu’il sait sans rien déformer ni modifier à son avantage. S’il te plaît, Meagan, aide-moi. Je promets de te le rendre au centuple dès que cela me sera possible.

J’attendis qu’elle choisisse de parler. Je pouvais presque entendre les pour et les contre se bousculer dans sa tête de jeune paysanne. Les légendes, les ouï-dire et les traditions, même sans fondements concrets, ont souvent le dessus sur la raison et la logique. Je me doutais que le niveau de savoir des habitants de ces contrées ne devait pas dépasser le degré du préscolaire de l’époque à laquelle j’appartenais. Je devais donc faire preuve de patience et de compréhension. De la patience… juste le mot me faisait grincer des dents.

Elle passa la langue sur ses lèvres et se décida enfin.

— Qu’est-ce que vous voulez savoir au juste ?

Sa question me dérouta. Je m’étais attendue à ce qu’elle me déballe en vrac les raisons de sa terreur ou je ne sais trop quoi d’autre, mais sûrement pas à ce qu’elle me pose elle-même une question. Je ne réfléchis que quelques secondes avant de demander :

— Qu’est-ce que cette prophétie ?

— C’est une histoire qui remonte à une soixantaine d’années environ, donc relativement récente en comparaison des autres légendes et prophéties de notre terre. En ces temps-là, les Filles de Lune faisaient déjà partie des mythes et légendes des vieux conteurs de la région, de même que les passages menant à des mondes mystiques et mystérieux. Il est difficile de ne pas y croire, me dit-elle sur un ton d’excuse, parce que plusieurs parties de ce qui a été annoncé se sont déjà réalisées.

Il me vint à l’esprit qu’en fait de mondes mystiques et mystérieux, on pouvait difficilement faire pire que le sien à mes yeux, comme quoi tout est relatif…

— Une vieille femme de ma connaissance est apparue un soir, dans un village pas très loin d’ici, disant que la fin du monde allait bientôt s’abattre sur nous. Les gens sur place ont éclaté de rire, la traitant de vieille folle, disant qu’elle avait forcé sur l’hydromel. Elle les ignora et poursuivit son histoire, sans se soucier de ceux qui la dénigraient. Elle raconta qu’elle s’était rendue sur la Montagne aux Sacrifices.

Je haussai un sourcil interrogateur. C’était l’endroit où ma mère voulait absolument que je me rende. Meagan poursuivit :

— C’est un endroit étrange, une grotte semble-t-il. On prétend que les Sages et les Filles de Lune y pratiquaient des sacrifices pour connaître l’avenir, ainsi que le destin des Êtres d’Exception, en plus d’y recevoir les pouvoirs nécessaires à leurs missions. Plus personne ne semble connaître son emplacement exact aujourd’hui ; on ne peut que le présumer. Cette caverne se situerait à flanc de montagne. Mais voilà, la montagne en question fait partie d’une immense chaîne qui s’étend sur des centaines de lieues. On dit que le sanctuaire est situé près du sommet, là où les neiges sont éternelles, et que les vents glacés soufflent en permanence. C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

— Je vois… Continue, l’encourageai-je.

— Toujours est-il qu’elle racontait qu’elle s’était rendue là-bas, nul n’a jamais su pourquoi, et qu’elle en était revenue terrorisée. Elle répétait qu’elle y avait vu des choses horribles et entendu des voix venues d’ailleurs. C’était ces voix qui lui avaient annoncé la prophétie. Si je me souviens bien, ça ressemblait à ceci : « Au cours de l’année qui vient, la dernière Fille de Lune de la lignée maudite disparaîtra de notre monde pour mieux renaître dans un autre, où elle enfantera un être sans aucun pouvoir. Cette naissance entraînera deux nouvelles générations, qui verront renaître en elles les pouvoirs légendaires que tous ont voulu oublier. Une première Fille reviendra, mais se verra réduite au silence. Si la seconde revient également sur nos terres, elle ne doit surtout pas enfanter, sous peine de donner naissance à l’Être d’Exception que les Sages ont voulu éviter à tout prix, celui que cherchait à engendrer Mévérick. Si tel est le cas, le sort des six autres nations se verra à jamais scellé et ce sera la fin de la Terre des Anciens. » Ce doit être à peu près cela. Les deux premières prédictions se sont finalement avérées, c’est pourquoi il est difficile de ne pas croire en la réalisation de la troisième.

Les mots se bousculaient dans ma tête. « Une première Fille reviendra et sera réduite au silence. » « Les deux premières parties se sont réalisées. » Miranda, puis ma mère. Ma mère qui avait disparu, anéantie ? Je secouai la tête, incrédule. Avait-on vraiment fait disparaître ma mère sur la foi d’une parole de vieille femme ou s’était-elle volatilisée autrement ? Y avait-il du vrai dans cette prédiction fantasque ? Meagan s’était tue et attendait que je sorte de ma rêverie pour poursuivre. Oubliant un moment les histoires de pouvoir et de domination qui habitaient les seigneurs de ce monde, je voulus connaître ce qui concernait ma mère.

— Dis-moi, Meagan, est-ce que tu sais quelque chose sur ma mère ?

Elle secoua la tête, l’air navré.

— Tout ce que je sais, c’est qu’elle était une descendante de la lignée maudite. Il semble qu’elle l’ait elle-même prouvé, mais j’ignore de quelle façon elle s’y est prise. Je ne saurais vous en dire plus. Je suis désolée…

Je lui souris, en haussant les épaules, impuissante.

— Oh ! Je ne m’attendais pas à ce que tu en saches davantage. Tu es très jeune après tout, il est normal que tu ne sois pas au courant de toute l’histoire de cette région. Parle-moi de ce Mévérick. Qui est-il et que sais-tu à son sujet ?

— Sa vie fait aussi partie des contes de la région qui font fureur les jours de grands rassemblements. C’est le genre de récit que les gens se racontent au coin du feu, les plus vieux espérant impressionner les plus jeunes ou les décourager de s’éloigner de leur région.

Devant mon haussement de sourcils, elle eut un sourire timide. Je la sentais mal à l’aise avec toutes ces histoires, mais j’ignorais si c’était parce qu’elle y croyait ou parce qu’elle en était gênée, certaines tenant tellement du surréalisme. Je l’encourageai à poursuivre.

— C’est qu’on raconte beaucoup de choses sur les Terres Intérieures, celles qui s’éloignent de la mer. Dans notre monde, les villages sont surtout concentrés sur les rives d’immenses étendues d’eau ; il y a trop peu de cet élément essentiel lorsque l’on s’éloigne. La culture des terres et la survie des gens deviennent quasiment impossibles sans l’aide de pouvoirs, que peu d’individus possèdent encore aujourd’hui. C’est là que Mévérick, de même que ceux qui le secondaient et le soutenaient, se seraient cachés autrefois, préparant leur projet de conquête et de destruction. L’immensité des terres, de même que les ressources minières et forestières disponibles, leur auraient permis d’asseoir leur empire avant d’attaquer les installations des paysans et des habitants des bords de mer. On dit qu’une guerre effroyable a fait rage, mais qu’elle dura peu. Les dommages furent immenses et irréparables, de part et d’autre. Les vaincus, les troupes de Mévérick, se retirèrent dans les terres volcaniques aux confins du continent, et l’on n’entendit plus que très rarement parler d’eux par les quelques voyageurs qui osaient s’y aventurer. Difficile de savoir si ce ne sont pas plutôt des récits concoctés pour épater la galerie, parce qu’ils ont été trop peureux pour vraiment se rendre là-bas, ou si c’était inspiré de faits véridiques. Toujours est-il que certains, depuis ce temps, espèrent réaliser le rêve de cet homme cruel. C’est pourquoi, comme vous avez dû le remarquer, il n’y pas de prospérité, ni de développement dans notre monde terne. Les guerres de territoires entre petits seigneurs se poursuivent sans relâche, chacun espérant augmenter ses possessions et monter une armée capable de prendre le dessus sur les autres. Cet état perdure depuis quelques centaines d’années, cette folie des grandeurs se transmettant malheureusement de père en fils. Les légendes s’enjolivent et les mythes croissent au même rythme que les déceptions s’accumulent au sein de la présumée élite de notre monde de misère. La plupart se disent des descendants de Mévérick ou des élus capables de le remplacer et chacun tente de tirer parti du peu de gens qui arrivent à survivre dans nos contrées appauvries.

Je l’interrompis, un peu dépassée par tous ces détails.

— Je ne vois toujours pas en quoi tout cela me concerne, mis à part la prédiction, bien sûr. Ce dont tu me parles ressemble au monde d’où je viens ; ces luttes de pouvoir et ces guerres entre petits et grands seigneurs existent depuis la nuit des temps. Je ne comprends pas très bien ce que le surnaturel ou les mondes mystérieux ont à y voir puisque personne ne semble en mesure de prouver l’existence de ces mondes parallèles à la Terre des Anciens.

Je ne savais trop si elle comprenait ce que je lui disais. J’avais traversé avec, en tête, des monstres fabuleux, des mages et des sorciers, des mondes peuplés de créatures légendaires ou mystiques. Ce que je découvrais n’avait rien à voir avec cela, sauf une hypothétique prophétie, probablement sortie tout droit de l’imagination d’une femme en manque de sensations. Dire que je me sentais perdue aurait été un euphémisme. Meagan posa une main sur mon bras, une curieuse lumière au fond de ses grands yeux bruns.

— Détrompez-vous. Voyez-vous, la volonté de Mévérick de régner sur les peuples de la Terre des Anciens n’est en fait que le prétexte derrière lequel se cachent la plupart pour ne pas avouer qu’ils aspirent tous, en secret, au trône d’Ulphydius.

Je fronçai les sourcils à l’énoncé de ce nouvel élément.

— Les Anciens racontent que nos terres étaient autrefois sous la protection d’une confrérie de grands mages aux pouvoirs sans limite, les Sages. Ces derniers régnaient sur notre continent, et sur cinq autres en périphérie. Ils veillaient à ce que les êtres vivent en harmonie. La magie, pouvoir ultime et rare, n’était utilisée que pour le bien-être des peuples et n’appartenait qu’à un cercle restreint d’êtres privilégiés – une naissance sur des centaines de milliers. Ces Êtres d’Exception vivaient beaucoup plus longtemps que le commun des mortels et provenaient immanquablement d’un métissage entre les peuples. Mais des conflits éclatèrent bientôt et les frontières se divisèrent. Le Conseil de Gaudiore, constitué des Sages les plus respectés, veillait alors sur tous les peuples. Il mit sur pied un tribunal pénal, mais ce ne fut pas suffisant. La colère des Sages fut terrible. Ils créèrent cinq mondes parallèles, celui de Brume existant déjà depuis des millénaires, où ils envoyèrent chaque peuple se remettre debout, en espérant aussi qu’ils réfléchiraient à leur conduite. Notre monde s’en trouva déserté, ne gardant qu’un continent unique, des ruines et quelques populations isolées. Les Sages ne laissèrent ouverts que de rares passages aux gardiennes, les Filles de Lune, dont vous devez connaître l’histoire.

Je fis signe que oui, afin d’aller à l’essentiel pour le moment.

— Vint ensuite le problème des recrues. Les Sages vivant très vieux mais n’étant pas éternels, ils devaient continuer à former des jeunes pour les remplacer. Chaque peuple avait besoin d’un certain nombre d’entre eux pour bien fonctionner. Je ne sais trop ce qui se produisit, mais les problèmes se succédèrent bientôt sans répit. Les gardiennes ne parvenaient pas à protéger les passages de certains individus. Des sorciers aux pouvoirs sans cesse plus grands apparurent, échappant au contrôle des Sages. L’un d’eux, Ulphydius, devint extrêmement puissant. Une lutte sans merci s’en suivit. Une Fille de Lune, Acélia, trahit les autres et s’associa avec le traître. Elle ouvrait les passages des différents mondes au mécréant, éliminant sans pitié ses consœurs qui s’y opposaient. Ulphydius fit disparaître la majorité des Sages présents dans les autres mondes, au grand désespoir des peuples qui assistaient, impuissants, à la disparition des dépositaires de la connaissance et du savoir nécessaires à l’évolution de notre univers. Ce sorcier voulait asservir les différents peuples au lieu de vivre en harmonie avec eux. Darius, le plus vieux des Sages, entra dans une colère terrible. Il refusait de voir son univers tomber sous la gouverne de cet homme cruel. Il lui opposa une lutte sans merci pour défendre la diversité.

Meagan fit une courte pause pour s’assurer que je parvenais à suivre son récit. Je la rassurai et elle poursuivit.

— Le dernier chapitre de cette lutte eut lieu au Sommet des Mondes, dans les Terres Intérieures du monde des Anciens. Nul ne sut jamais ce qu’il était advenu de Darius et d’Ulphydius, ni comment cela s’était terminé. Mais on entendit de moins en moins parler de magie, de sorciers ou d’Êtres d’Exception, et l’histoire, de même que les Sages restants, sombrèrent lentement dans l’oubli. Il arrive malheureusement trop souvent que des bribes du passé refassent surface, lors des guerres de territoires. On raconte que, sur les lieux de la dernière bataille, il y aurait deux trônes : ceux de Darius et d’Ulphydius. Celui ou celle qui s’y assoira recevra les dons de son prédécesseur, multipliés par le nombre d’années passées depuis sa perte. Inutile de vous expliquer pourquoi cette bande d’idiots rêvent de le retrouver. Nul n’est cependant suffisamment sage pour rêver de s’asseoir dans le bon siège. Il semblerait que le premier à trouver un nouvel occupant entraînerait la destruction immédiate de l’autre. Plus que la domination de notre terre, c’est cette quête que poursuivait Mévérick ; des pouvoirs immenses et le contrôle absolu sur notre univers, sur les sept mondes : la Terre des Anciens, Elfré, Dual, Golia, Rronan, Mésa et Brume. La légende raconte qu’il fut le seul, il y a plus de quatre cents ans, à vraiment se rapprocher du but qu’il s’était fixé. Mais il faut beaucoup d’hommes pour chercher ce lieu mythique sur une aussi vaste étendue et notre terre n’en recèle plus guère. Les seigneurs se font donc la guerre pour avoir ceux de leurs voisins et organiser des expéditions. Personne n’en revient jamais, et c’est un éternel recommencement depuis plus de sept cents ans maintenant.

Je commençais à comprendre beaucoup mieux et ce que j’entrevoyais ne me plaisait pas du tout.

— Si je suis ton raisonnement, Alejandre souhaite non seulement que je lui donne un héritier à asseoir sur ce trône, que personne n’a même jamais vu, mais il espère aussi que je serai capable de lui ouvrir les portes des différents passages menant aux autres mondes parallèles. C’est bien ça ? Il souhaite, par je ne sais quel moyen, recruter des hommes, ou je ne sais quelles autres créatures, afin d’organiser des expéditions et pouvoir se défendre contre ceux qui essaieraient de faire de même.

Elle acquiesça, un immense sourire aux lèvres, satisfaite que j’aie compris du premier coup.

— Chez les autres peuples, il y a également des sujets récalcitrants, des rebelles ou des criminels qui préfèrent se joindre à un humain puissant plutôt que de demeurer au ban de la société chez eux. Votre rôle consisterait probablement à aller les chercher…

Je n’avais malheureusement aucune peine à le croire. Mais une dernière chose me tracassait, compte tenu de ce que je savais et de ce que j’avais entendu depuis mon arrivée.

— Comment se fait-il que tu saches tout cela avec autant de détails alors que, selon toi, la majeure partie de la population ignore que ces récits sont véridiques ? Et comment connais-tu l’existence des Filles de Lune ? Ton vocabulaire et ton savoir sont peu compatibles avec ton statut de servante et tes origines paysannes.

Elle ne sembla nullement surprise de mes questions.

— C’est ma grand-mère qui m’a tout raconté. Enfin, ce n’est pas vraiment ma grand-mère, mais c’est plus facile de le dire ainsi que de me mettre à compter les « arrière » qui devraient précéder son nom. Elle a voulu que mon éducation soit digne de ses origines, même si je n’ai pas de don particulier. Elle trouve triste, et surtout dangereux, que l’histoire de notre monde sombre dans l’oubli. Elle est extrêmement âgée, mais j’adorais sa compagnie…

Je l’interrompis.

— Pourquoi « adorais » ?

— Parce que, depuis mon envoi au château, je ne la vois plus. Mes parents ne veulent pas qu’elle m’emplisse la tête avec ses histoires impossibles. Ils disent que ça ne sert à rien de ressasser ce passé incertain et qu’il faut plutôt se tourner vers l’avenir. Ils refusent de comprendre que le passé est justement intimement lié à notre avenir. Moi, je suis convaincue que ce ne sont pas des histoires. Ma grand-mère en sait beaucoup trop. Elle possède même des cartes et des livres qui prouvent ses dires. Et puis, elle est magicienne. Cela suffit amplement à me convaincre qu’elle ne se trompe pas.

Elle essuya une larme qui glissait sur sa joue.

— Elle est seule maintenant que je ne suis plus là. Il n’y a plus personne pour prendre soin d’elle. Tout le monde la méprise et la traite de vieille folle ou de sorcière. J’ai peur qu’elle ne puisse plus vivre bien longtemps encore.

Les larmes coulaient maintenant abondamment et elle fut incapable de poursuivre. Je la serrai contre moi. Je comprenais si bien sa peine et ses inquiétudes.

— Dis-moi, Meagan, ta grand-mère ne vivrait pas dans la montagne par hasard ? Au nord-est ?

Elle leva sur moi des yeux surpris.

— Comment le savez-vous ?

Elle me regarda étrangement, mais je préférai ne pas lui parler d’Alexis, ni du fait que je soupçonnais cette femme d’être la Recluse, dont avait parlé ma mère.

— Elle y vit depuis de très nombreuses années. Je ne l’ai d’ailleurs jamais vue descendre de son repaire… La dernière fois où cela semble s’être produit, c’est lors de sa tentative pour prévenir les gens concernant la prophétie, mais comme je vous le disais, personne ne lui a prêté attention.

Il me fallait absolument rencontrer cette femme qui connaissait si bien les Filles de Lune et l’histoire de cette terre. Mais pour ça, il me fallait d’abord sortir d’ici…

— Est-ce que tu pourrais me dessiner une carte me permettant de rejoindre ta grand-mère, s’il arrivait que je puisse quitter cet endroit lugubre ?

Ma question sembla lui redonner vie.

— Vous iriez la voir ? Vous iriez vraiment la voir là-haut ?

— Mais bien sûr. Qu’est-ce qui te fait croire que je ne le pourrais pas ?

— Vous êtes une femme de haut rang. Vous ne passerez jamais inaperçue jusque là-bas. Les gens vous remarqueront : aussi sûrement que si vous choisissiez de vous pavaner sur la place publique. Même si la plupart disent ne pas croire à ces vieilles histoires, ils y prêtent souvent foi dans le secret de leur chaumière. Le seul fait de voir une femme aux yeux comme les vôtres suffirait à leur donner la frousse et entraînerait certainement une nouvelle chasse aux sorcières…

Décidément, c’était bel et bien le Moyen Âge. Même si je comprenais ce qu’elle voulait dire, je jouai la carte de l’ignorance.

— Que veux-tu dire par chasse aux sorcières ?

— Avec l’emprisonnement éternel ou la mort des mages et des Sages, ainsi que de tout ce que leur protection impliquait, une nouvelle forme de gouvernance a vu le jour. Un groupe d’hommes sans cesse croissant est devenu adepte de ce que l’on nomme la Quintius, une doctrine voulant que nous soyons désormais sous la protection d’un dieu unique et sans nom. Mais cette protection se veut conditionnelle à un abandon de tout ce que nous avons précédemment connu. En fait partie tout phénomène que le commun des mortels est incapable de reproduire naturellement ou par l’apprentissage. Par le fait même, toute personne pratiquant la magie, sous une forme quelconque, se voit poursuivie et mise à mort, au terme d’un procès sommaire et rarement juste. Le même sort attend ceux qui répandraient, sans preuve de leur dire, des rumeurs sur des animaux étranges, des lieux mystiques et d’autres bizarreries. Les seuls faits acceptés sont ceux qui ont leurs sources dans les écrits de la Quintius. Tout le reste relève, selon eux, de blasphèmes et mérite un châtiment. Grand-mère disait que les hommes qui étaient à l’origine de la Quintius n’étaient autres que les descendants de grands sorciers qui se servaient de ce prétexte pour découvrir ceux qui pourraient, avec leurs connaissances et leurs pouvoirs, soit les aider, soit entraver leur projet de retrouver le trône d’Ulphydius.

— Je sais ce que c’est. Dans le monde d’où je viens, ça existe depuis toujours et ça s’appelle une religion… Je saurai très bien me débrouiller, ne t’inquiète pas. Mon véritable problème consiste plutôt à organiser mon évasion.

— Je veux bien vous montrer comment vous rendre chez Morgana, mais il nous faudra être prudentes. Si l’on venait à savoir que je vous ai aidée d’une quelconque façon, je finirais certainement au bout d’une corde.

Nous discutâmes encore longtemps de sa grand-mère, ainsi que de sa famille. Elle me raconta des souvenirs de sa jeunesse dans son village natal et me parla aussi des villages environnants. À la fin de l’après-midi, j’avais une bien meilleure idée de la région autour du château, de même que des seigneurs des domaines avoisinants. Meagan me confirma que, si je n’avais croisé que peu de gens et d’habitations jusqu’ici, c’est que je me trouvais sur une étroite bande de terre – correspondant à la largeur du fleuve Saint-Laurent de mon monde – et que seuls les serfs des seigneurs y habitaient. Ils formaient de très petits villages autonomes qui avaient peu de contact avec les vraies villes, qui commençaient dans l’équivalent de l’estuaire et occupaient l’espace le long des côtes.

Je connaissais maintenant le nom des quelques agglomérations que je croiserais sur mon chemin, si je parvenais un jour à quitter mon lieu de détention. Meagan me renseigna également sur la végétation et certains animaux que je risquais de rencontrer. Beaucoup de choses ressemblaient à mon monde, à quelques nuances près, et j’étais certaine de pouvoir me débrouiller sans trop de difficulté. Nous fûmes finalement interrompues alors que le soleil descendait sur l’horizon. La porte s’ouvrit sur un sire de Canac de fort belle humeur ; il était manifestement l’heure du repas. Mon humeur à moi s’assombrit considérablement…

 

Naïla de Brume
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